Vivez l’Histoire : les lorettes et les grisettes.

Femmes fatales, elles peuvent être danseuses, comédiennes ou croqueuses d’hommes. Elles sortent la nuit, elles dorment le jour, elles sont dans toutes les rues de Paris, dans la mémoire des hommes, et le dédain des femmes.

Les lorettes sont les filles de joie du XIX siècle : elles naissent sous le second empire, pendant le règne de Louis Philippe. Elles sont ainsi nommées du quartier de Notre-Dame-de-Lorette, à Paris, où beaucoup d’entre elles furent logées. Il s’agit de demi-mondaines, papillonnant d’un homme à l’autre, contrairement aux courtisanes, qui vivent dans le luxe et ne sont les amantes que d’un homme.

Mais quelle différence avec les grisettes ?

Ces dernières sont des jeunes femmes, à la condition sociale souvent misérable, habillées de haillons gris, d’où le terme « les grisettes ». Elles sont actrices, couturières ou danseuses le jour, et prostituées la nuit.

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Non contentes d’occuper les grands boulevards, les lorettes et les grisettes incarnent la folie d’une époque, où la splendeur et la misère se côtoient bras dessus-dessous.

Elles personnifient la misère d’une vie sans argent, dans un Paris exalté où une robe élégante et un sourire acéré sont leur seule monnaie.

Elles révèlent la splendeur des diamants et des rubans aux cous des aristocrates, et la beauté des corps, tailles serrées dans des corsets et jambes enveloppées de crinolines.

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Les lorettes et les grisettes envahissent les tableaux, hantent la littérature, rythment les symphonies.

Chez Balzac, elles sont de pauvres filles, des innocentes aux yeux d’or et à la candeur désarmante, condamnées à peine né. Filles de prostituées, adolescentes et pas encore femmes, elles sortent de l’Opéra, festoient et mènent une vie de grand train aux bras de leurs multiples amants. Elles éclairent les salons parisiens de leur vivacité, et se consument comme des flammes pour finir ruinées, malades, ou mourant d’un chagrin d’amour.

Chez Zola ou Maupassant, elles sont le symbole d’une époque de perdition, sans âme et sans morale, où le sexe tarifié est la pointe du progrès. Critiquant avec violence l’univers dans lequel les lorettes et les grisettes évoluent , ils dressent en revanche de ces femmes un portrait d’une grande délicatesse.

Ainsi, Zola, dans L’amour sous les toits, écrit d’une grisette :

C’est ainsi qu’elle s’est arrangé une vie de travail et de tendresse. Elle a su gagner son pain et se garder pour qui bon lui semble.

Qui oserait gronder cette enfant ? Elle donne plus qu’elle ne reçoit. Sa vie a toute la dignité de la passion vraie, toute la moralité du travail incessant.

Chantez, belle alouette de nos vingts ans, chantez pour nous, comme vous avez chanté pour nos pères, comme vous chanterez pour nos fils. Vous êtes éternelle, car vous êtes la jeunesse et l’amour.

 

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