Vivez l’Histoire : les Zazous

Si vous venez vous promener dans le quartier de Saint Germain des Prés, vous croiserez peut être, qui sait, l’un des derniers Zazous.

Les Zazous, à l’instar des américains, débarquent en 44 dans les rues de la Capitale, comme le chante Andrex :

Jusqu’ici sur terre

Un homme pouvait être

Blanc ou noir ou jaune

Ou rouge et puis c’est tout

Mais une autre race

Est en train d’apparaître

C’est les zazous, c’est les zazous…

 Pourtant, ils existent depuis quelques temps déjà. Durant la sombre époque de l’Occupation (dont Sartre dira : « Jamais nous n’avons été aussi libre que sous l’Occupation »), ils sont déjà là, tapis dans l’ombre, esquissant un pas de danse, prêts à toutes les frasques.

 Les zazous n’ont ni Dieu ni Maître, sauf un : le « swing », comme ils l’écrivent sur les étoiles jaunes qu’ils abordent avec provocation sous Vichy.

 Le swing, c’est le jazz. Cette musique qui vient d’un autre continent, la musique des opprimés, une musique qui fait danser jusqu’à ce que les étoiles se délavent et que le soleil se lève.

 Il n’est pas bien vu de danser dans les rues. Ces concours de danse dans les boulevards, entre le quartier latin et les Champs Élysées, leur attirent bien des foudres.

La presse publie une centaine d’articles anti-zazous entre 1941 et 1943. Les Jeunesses Populaires Françaises (fascistes) scandent « Scalpez les zazous ! » et attaquent ces derniers à coups de tondeuses. Ils sont, pour beaucoup, passés à tabac, arrêtés et envoyés à la campagne pour travailler dans des fermes.

 Les réchappés entrent alors en clandestinité, et continuent à jouer de la trompette, à danser et à aimer dans les caves. Ils essuient l’antipathie des communistes, qui trouvent cette résistance désinvolte et futile.

 Le meilleur moyen de reconnaître les zazous, c’est à leur style. Avec une insolence méthodique, ils s’appliquent à piétiner tous les codes.

 Hommes et femmes, ils s’habillent de vestes bien trop longues, une hérésie dans un temps de rationnement. Ils refusent de couper leurs cheveux. Ils ont toujours un parapluie, fermé, qu’il neige, qu’il vente, qu’il fasse un soleil à en faire fondre leurs vinyles.

 Les femmes portent des jupes plissés, au-dessus des genoux, avec des bas résilles et des tresses. Elles se maquillent à outrance, et abordent sur les lèvres un rouge éclatant.Les carreaux sont leurs motifs préférés.

 Boris Vian écrit ainsi d’eux : « Le mâle portait une tignasse frisée et un complet bleu ciel dont la veste lui tombait aux mollets (…) la femelle avait aussi une veste dont dépassait d’un millimètre au moins une ample jupe plissée en tarlatane de l’île Maurice. »

 A la libération, ils migrent dans les quartiers de Saint Germain des Prés. Ils lisent et rêvent dans les cafés et les caves, où, murmure-t-on, on entend encore le tintement de leurs verres et les éclats de leurs rires.


Be Sociable, Share!
This entry was posted in Non classé. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>